The concept
En bleu, je parle à mon futur garçon, Philippe
En rose, je parle à ma future fille, Héloïse
En vert, je parle aux deux
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Discussion à midi entre deux bouchées de pâtes aux aubergines pas fabuleuses : « tu vois, les gamins, ils ne connaissent plus rien en
alimentation ! Je regardais l’autre jour une émission avec Cyril Lignac et les gamins, ils savaient pas ce qu’était une endive et pensaient que le poisson, c’était carré ! ». Je
lui fais remarquer que de plus en plus d’enfants mangent à la cantine (ceci explique cela) mais elle m’objecte « ouais mais le week end ? Si les enfants, tu les ouvres pas, ils auront
pas envie de goûter de nouveaux trucs après ! ».
L’alimentation, grand sujet. La mienne est catastrophique, il faut le dire. Je ne mange pas assez de fruits, légumes, poissons et viandes mais je vis seule aussi et ça donne pas envie de se mitonner des bons petits plats. D’ailleurs, je le fais pas. De tiyte façon, je me suis toujours dit que je mangerai mieux le jour où j’aurai des enfants, vous, quoi. Pourquoi ? Parce que je ne vois pas comment vous dire de manger tout ce que je vous donne si moi-même, je ne le mange pas.
Gamine, j’étais chiante à ce niveau là, je n’aimais rien. Les légumes verts, pouah, les légumes tout courts, pouah ! Même frais et bien cuisinés, hein ! Votre grand-mère est très douée derrière les fourneaux. Mais les légumes, faut dire ce qui est, c’est rarement délicieux. D’abord, la plupart n’ont pas de goût et quand ils en ont, c’est pas le meilleur. Je me suis toujours demandée comment ça se faisait. Je veux dire : la nature est censée être bien faite donc tou ce qui est bon pour mon organisme devrait être bon pour mon palais, je devrais être enchantée à l’idée d’enfourner de la bouffe verte dans ma bouche, pleine de bonnes choses pour mon corps. Et je devrais détester tout ce qui est gras, calorique, sucré, qui fait grossir et bouche mes charmantes artères. Mais non, moins c’est bon pour moi, plus j’aime. C’est mal foutu tout ça.
Donc un jour, vous naîtrai et arrivera le moment fatidique où vous mangerez de vrais plats, pas des biberons ou des petits pots, non, de vrais plats. Alors je pourrais faire pâtes et frites tous les jours mais j’ai pas envie de faire de vous des gamins à la santé fragile non plus. Il faut manger équilibré, vous et moi. Et votre père aussi. En fait, j’ai parfois l’impression qu’avoir des enfants, c’est la fin de la malbouffe. Sympa ? Ouaos sauf que manger des légumes que je n’arrive toujours pas à apprécier (tomates, endives, blettes), ça m’emmerde, quelque part. Mais il faut montrer l’exemple parce que je vous vois venir, bande de filous : « moi, j’en mange pas parce que maman, elle en prend pas ! ». Oui, durant votre prime enfance, n’oublions pas que je serai votre modèle, votre référent, votre tout. Donc si je mange mal, vous penserez qu’il est normal de manger mal. Que le poisson est carré et que l’endive, c’est une insulte. Il faudra que je cuisine d’ailleurs… Quand je vois qu’à l’heure actuelle, la cuisine, c’est mettre un plat Picard au micro ondes, imaginez comme ça va pas être facile, mes bouts.
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